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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 21:14

La Strada est l'histoire de la rencontre improbable de deux êtres de laquelle émane une poésie sublime. La musique  de Nino Rota laisse un souvenir indélébile.

LA STRADA - film de Federic Fellini, 1954, Lion d'argent Venise 1954, Oscar du meilleur film étranger pour 1956, Musique originale : Nino Rota, Acteurs : Giulietta Masina, Anthony Quinn, Richard Basehart

 

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Fellini touche nos inconscients et notre sensibilité avec grâce, avec construction. Ce film est tellement pensé, tellement cinématographique; il aborde un sujet grave avec poésie et légèreté, empli de christianisme. N'oublions pas que nous sommes dans l'Italie des années 50, une Italie post guerre, où les processions de vierge sont répandues, où la place de la femme est exigüe, dédiée à faire l'amour et la cuisine. Fellini dénonce cette image de la femme, lui rendant ses lettres de noblesse, de bonté, de félicité, de douceur, de modernité, d'être humain.

 

3 personnages, 3 êtres lumineux sur leur chemin, le grand chemin. Celui du bouleversement.

Tout au long du film, on attend que Zampano, l'homme rustre, le caractère animal, craque en montrant sa faiblesse, en se montrant sensible, humain et bon. Il est le pilier de l'histoire psychologique, alors qu'il est le plus indélicat. Lentement, par l'intervention de Gelsomina, on le voit qui se fissure, qui craquèle. Mais la carne est tenace et à la moindre trahison de faiblesse, il se reprend, trop orgueilleux et fier pour faillir à la bonté.

 

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Il est sur le chemin de la rédemption, sur La Strada (~la route, en italien, le grand chemin). Titre descriptif certes, puisque Gelsomina et Zampano sont sur la route et proposent leurs numéros de cirque dans les villes qu'ils traversent. Mais le titre est plus évocateur du chemin psychologique des personnages. Zampano sur le chemin de la rédemption. Gelsomina sur celui de la découverte de la vie, avec ses joies et ses douleurs. Chemin de vie qui la mènera à la folie, puis la mort : trop innocente et sans défense face à la découverte des tourments de la vie. Mais au moins, elle vit, elle ressent, elle exprime sa sensibilité avec enthousiasme quand Zampano fuit toute émotion.

 

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Le personnage du Matto, angélique, innocent, pur comme un enfant, âme soeur de Gelsomina, traverse leur chemin et le détourne. Et s'il représentait la compréhension pour Gelsomina et le révélateur pour Zampano ? Il parle à Gelsomina de caillou:

"si je savais à quoi sert ce caillou, je serais le bon Dieu qui sait tout : quand tu nais ; quand tu meurs aussi. Ce caillou sert sûrement à quelque chose. S'il est inutile tout le reste est inutile, même les étoiles. Et toi aussi, tu sers à quelque chose avec ta tête d'artichaut"

Il nargue Zampano, le fait sortir de ses gonds, lui fait exprimer sa colère, sa jalousie, sa haine, sa puérilité, son innocence d'enfant.

 

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Zampano est incontrôlable quand Il Matto apparaît. Il se bagarre comme dans une cour d'école, puis comme un animal. Mais ces expressions ne sont-elles pas la preuve de l'hypersensibilité de Zampano, qu'il cache, qu'il se cache ?

 

Alors, oui c'est un film en noir et blanc, oui c'est un film étrange, oui c'est un long film puisqu'il dure presque 2 heures, oui le mouvement est lent. Et pourtant on ne voit pas le temps passer. Une sorte de suspense nous met en tension: Zampano deviendra-t-il sensible ? Que Gelsomina  découvrira-t-elle encore de cette vie nouvelle ? Dans quel cirque, sur quelle place, dans quel mariage, dans quel couvent, dans quel champ, sur quelle plage vont-ils encore débarquer ?

 

Tout y est étrange et pourtant familier, voire même plausible. Des scènes à caractère fantastique nous plongent dans l'effroi. Le regard de Gelsomina dans l'attendrissement. Les personnages dans l'angoisse. La légèreté du Matto dans l'espoir de comprendre.

Mais on n'y comprend rien pourtant. On ne comprend pas pourquoi cela nous touche autant, pourquoi c'est une oeuvre d'art. Et c'est bien un chef d'oeuvre :

"La Strada est une œuvre qui suppose de la part de son auteur, en plus du génie d'expression, une parfaite connaissance de certains problèmes spirituels et une réflexion sur eux. Ce film traite en effet du sacré, je ne dis pas du religieux ni de la religion. Je parle de ce besoin primitif et spécifique à l'homme qui nous pousse au dépassement, à l'activité métaphysique, tant sous la forme religieuse que maintenant sous la forme artistique, besoin aussi fondamental que celui de durer. Il semble que Federico Fellini sache parfaitement que cet instinct est à la source des religions comme de l'art. Il nous le montre à l'état pur dans Gelsomina."

Extrait de http://cine-passion.voila.net/film/lastrada.htm

 

 

Giulietta Masina fut et resta la compagne de Federico Fellini, tout au long de sa carrière. Elle interpréta des rôles principaux dans 7 de ses films. Elle mourut en 1994, survivant à peine 5 mois après la mort de son mari, Federico Fellini. On la voit ici devant lui, le réalisateur, le monstre de génie, fasciné par ce petit être improbable. Mi-femme, mi-enfant. Ils n'eurent jamais d'enfant. Mais ils consacrèrent leur vie à construire des oeuvres d'art cinématographique.

 

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Ma scène préférée où le personnage de Gelsomina prend toute sa force et sa profondeur, découvrant la compréhension d'un autre et les clés de sa vie :

 


 

 

Le générique de début :

 


 

 
 

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Published by 100sens - dans Cinéma
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