Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 09:56

Bonne résolution 2013  : ne plus jamais regarder un film à suspense toute seule un soir d'hiver !

 

Parce que ce film de Brian de Palma est un thriller prodigieux : "Pulsions", ou "Dressed to kill" en anglais.

L'histoire d'un psy schizo transexuel (oui, j'adoooore), personnifié par le fabuleux acteur Michael Caine, qui court après toutes les femmes qui excitent sa part masculine. Sa part féminine se déguise d'une pseudo perruque blonde, d'un rasoir et cherche à zigouiller les deux bonnasses du film, blondes, maquillées, vêtues de soie à la mode 80's et de drapés qu'on a envie de caresser.

 

Caresser justement... La scène d'ouverture du film nous chauffe sous la douche avec Angie Dickinson, nue, dans la vapeur, son mari qui se rase à côté, ...

pulsions-dressed-to-kill-brian-palma-1980-L-cfZCAR

 

.., son corps qui se gonfle sous les effets de la chaleur, mmmhhhh,

pulsions photos1

 

et là, une silhouette d'homme surgit derrière elle et l'étouffe de ses mains masculines.

Dressed to Kill

 

Horreur ! Elle se réveille !

Cette scène évoque tout de la suite : un film entre fantasmes, érotisme et horreur...

 

La scène du musée est exceptionnelle : mon fantasme absolu, le musée ! S'assoir dans une salle, observer le tableau de nu devant soi, les promeneurs, les touristes, imaginer leur vie, se détacher de sa vie, se couper du monde, entrer dans une bulle et s'apercevoir qu'un homme vient de s'approcher, qu'il s'est assis là tout près. Qu'il peut sentir notre parfum de femme esseulée. Qu'on peut respirer sa fragrance érotique. (Bon bref, je m'emporte là)

pulsions photos4

 

Ensuite ils se poursuivent dans les couloirs du musée, elle perd son gant, il ramasse son gant, elle cherche son gant, elle retrouve l'homme inconnu à la sortie du musée, il l'attend dans un taxi, il la fait jouir dans le taxi (le chauffeur s'en souvient encore), il la ramène chez lui, ils y passent l'après-midi, il dort, elle se rhabille, il faut qu'elle file, son mari et son fils ado sont à la maison, elle met un temps fou à se rhabiller (d'ailleurs on  notera que tous ses vêtements sont blancs, virginaux, symboles de son innocence excitante, annonciateurs de l'acte sanguin fatal), elle ne retrouve plus sa petit culotte, elle sourit en repensant au moment où il la lui a retirée, elle veut lui laisser un mot, elle ouvre le tiroir, elle fait sa curieuse et lit les papiers (nous aussi, on est curieux), il travaille à Wall Street (un trader, normal, on est à New-York...  il est riche, a des tableaux d'art contemporain aux murs, cliché, cliché du pouvoir érotique masculin), dans le tiroir il y a un document officiel, la caméra (et notre regard) se rapproche, il y a écrit qu'il a la syphillis (Il a une maladie vénérienne !! C'est bon ça !! Mais c'est quoi ce film? On vient de passer du film à fantasmes au film trash, c'est limite drôle... )

elle prend l'ascenseur, elle tremble, elle doit se dire "une maladie vénérienne putain ! Putain de pulsions que je n'aurais pas dûes assouvir !" (Là on se dit que le film parle des pulsions, de l'enfermement du couple, des fantasmes féminins...)

elle s'aperçoit qu'elle a oublié sa bague (ou plutôt son énorme caillou qui brille comme dans tous les films des 80's),

 

pulsions photos5

 

oh non, il faut qu'elle y retourne, chez lui, au 7ème étage. Elle appuie sur les boutons de l'ascenseur. Une enfant la regarde. Très fort le symbole de l'enfant qui juge de son regard accusateur. La belle Angie est mortifiée de culpabilité, de peur.

Le suspense monte...

 

Dressed-Kill-elevator 400

 

Et hop, une bras surgit avec un rasoir et elle se fait égorger dans l'ascenseur, y'a du sang partout sur ses chics vêtements blancs ! Et là, on comprend que ce n'est pas du tout un film érotique que l'on regarde, que les pulsions humaines ne sont pas que sexuelles...

 

J'ai trouvé exceptionnel le personnage du fils d'Angie Dickinson : il est le parfait geek, inventeur, portant des lunettes, qui ne quitte jamais son bureau. Mais il est sain et intelligent. C'est le héros du film.

on-a-revu-pulsions-de-de-palma-et-c-est-top,M99598

 

Le film montrerait-il que la femme doit se méfier des clichés de l'homme érotique, du financier plein d'assurance, du beau psy rassurant qui sait tout de nous ou du mari confortable?

La dernière scène nous montrerait-elle que derrière chaque geek se cache notre héros, un homme bien !!??

 

4786 16 1080p

 

 

La morale du film?

Une femme ne devrait jamais demander à son psy s'il a envie d'elle !!!! Ha ha ha !! Surtout si elle est blonde, envahie de pulsions et que son psy est transexuel et s'habille pour tuer... Dressed to kill...

 

pulsions photos2

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 21:00

En pleine crise de matage de vieux film pour retrouver l'ambiance des années 50, j'ai dégoté un magnifique classique de 1954.  Je découvre Audrey Hepburn et son joli minois et je (re)tombe amoureuse de Humphrey Bogart (voir l'article sur Casablanca), qui se fait rare dans les comédies à l 'eau de rose...

 

sabrina-hepburn-bogart.jpg

 

Mon avis? Et bien, il faut aimer "La Vie en rose" d'Edith Piaf pour apprécier de film complètement. Moi la musique "so cliché" m'étouffe un peu. Il faut dire que tout le fond sonore du film en est imbibé... Non, pas d'alcool !! Juste de bons sentiments qui dégoulinent...

ça manque à mon goût d'un peu de rock n roll, de vrais méchants hommes, de parents acariâtres, de femmes fatales en pleine vengeance, de réflexions, de philosophie. Cela dégouline tellement d'ambiance de conte de fée, de princes charmants, d'amours contrariés, de légèreté, de comédie en somme.

 

Et cette musique de fond lancinante pour donner un pseudo suspense à l'intrigue !!

 

Mais c'est ravissant et... la photo en Noir & Blanc est trop classe et n'a pas vieilli.

 

feature_00895_film_star_looks_audrey_hepburn_3.jpg

 

sa robe de princesse de bal époustouflante d'Hubert de Givenchy...

 

Audrey-Sabrina-Givenchy.jpg

 

Ce film est surtout un monument de mode !

Regardez comme le caleçon moulant d'Audrey Hepburn et ses ballerines sont revenus dans nos basiques fashion.

 

sabrina-black-top-and-leggings-1.jpg

sabrina-black-top-and-leggings-rear-view.jpg

 

ses robes coupées carré...

 

sabrina10h.jpg 

 

Des tenues confortables, modernes, habillées, simples et si naturelles à la fois. Un régal !

 

Quelques répliques intéressantes :

Thomas Fairchild: "Democracy can be a wickedly unfair thing Sabrina. Nobody poor was ever called democratic for marrying somebody rich."

 

sabrina001.jpg

 

La Vie en rose par Audrey Hepburn

 


 

 

"No man walks alone from choice."

 

 


 
http://www.cinema-take.com/critique/film/sabrina-de-billy-wilder,2,456.htm
Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 20:00

Brève de Fnac :


J’attends mon tour à la caisse. Derrière moi, deux hommes à la quarantaine bien tassée. Ils discutent dans la file d’attente, avec dans les bras, une pile de bouquins : Freud, Hermès (le dieu, pas la maison de Luxe !) dans la Mythologie grecque et le Sarkozy de FOG. Ils parlent de leurs souvenirs de vinyles, de cassettes, de Toy Story 3. Ils se remémorent leurs souvenirs de jouets de garçon, ah Big Jim et ses bras en latex... Je souris "Tiens, tiens, ça me rappelle un article..."

Pendant ce temps, l’écran de patience déroule le film de Disney « Raiponce ». Ils lèvent les yeux vers l'écran :

-         « Tiens, ça c'est un vrai film de petites filles » dit l’un d’eux 

Impossible de laisser passer ça, (ils ont un livre de Freud dans les mains tout de même!), je dois l'ouvrir, je souris et je dis :

-         En fait, ce n'est pas juste un "dessin animé de filles" ! Euh, il y a une deuxième lecture... C’est très Freudien en fait : la fille qui croyait tout ce que sa mère lui disait, qui se croyait protégée par l’amour d’une mère, qui se révèle être la mauvaise mère. Ce film montre aux petites filles, et aux enfants, l’histoire de l’émancipation du féminin. Je vous le conseille...

 

Ils ont du rester bouche bée. Je dois avouer que je n'en menais pas large... mais qu'est-ce qui m'a pris de disserter sur un Disney que ma fille regarde en boucle, moi, la maman qui sature grave de chez grave de tout ce qui s'anime à l'écran avec des grands yeux pétillants, du rose bonbon, du bleu azur, du vert plus vrai que nature !

Pourquoi me suis-je mise à défendre l'industrie du cartoon !?

 

218824-raiponce-recit-princesse-cheveux-magiques.jpg

Donc il a bien fallu que j'analyse. Et bien après analyse (et vous allez voir que j'ai analysé), j'ai vu un récit initiatique bardé d'allusions freudiennes à l'éveil sexuel, bourré de symboles, représentant le chemin de vie de la petite fille innocente vers son statut de femme mûre.

 

La petite fille devient femme à travers la découverte de soi, du mal, des perversions. Elle doit passer par des épreuves en remettant en cause les vérités inculquées et en se mettant en danger. Il faut du courage pour prendre cette liberté. Et ce message passe chez les petites filles qui regardent un Disney, film qui leur donnent l’espoir d’y arriver par elles-mêmes. Voilà, je crois que c’est donc surtout un récit sur les femmes. Certes, il plait aux petites filles parce que la photo est rose bonbon et que l’héroïne a les cheveux longs et blonds. Mais le jour où elle décide de se les couper courts, ses cheveux deviennent bruns. Toute l’histoire de la perte de l’innocence et de la crédulité à travers le symbole de la chevelure. Sa coupe courte représente alors la maturité et l’affirmation de soi, et elle lui va plutôt pas mal !

 

3021816362_1_9_OnPNBGAQ.png

 

La scène la plus représentative est l'hésitation de Raiponce entre désir d'aventure et culpabilité envers sa mère "qui ne s'en remettra pas", entre gaieté hystérique face à la nouveauté et inquiétudes d'imaginer les mots de sa mère qui résonnent en elle. Et c'est le garçon en train de devenir homme, lui aussi, qui va l'aider à devenir adulte.

 

Un beau conte qui aurait fait l'objet d'une intéressante analyse dans Psychanalyse des Contes de fées de Bruno Bettelheim paru en 1976 :

« Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu'exige notre passage de l'immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d'abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. »

 

6082168_5022444.jpg

 

Raiponce - dialogues sur le sens de l'hésitation:

"Je n'arrive pas à croire que j'ai réussi à faire une chose pareille ! / Mère va être furieuse. / Ce n'est pas si grave, elle ne le sait pas, elle s'en remettra non? / Quelle horreur, elle ne s'en remettra pas. / Quelle joie, quel bonheur ! / Je suis une fille monstrueuse, il faut que je rentre. / Pas question de rentrer à la maison ! / Je suis un être abominable. / Youhou c'est le plus beau jour de ma vie !"

 

 


 
Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 21:14

La Strada est l'histoire de la rencontre improbable de deux êtres de laquelle émane une poésie sublime. La musique  de Nino Rota laisse un souvenir indélébile.

LA STRADA - film de Federic Fellini, 1954, Lion d'argent Venise 1954, Oscar du meilleur film étranger pour 1956, Musique originale : Nino Rota, Acteurs : Giulietta Masina, Anthony Quinn, Richard Basehart

 

red-clown-giulietta-masina-strada-img.jpg

 

 

 

Fellini touche nos inconscients et notre sensibilité avec grâce, avec construction. Ce film est tellement pensé, tellement cinématographique; il aborde un sujet grave avec poésie et légèreté, empli de christianisme. N'oublions pas que nous sommes dans l'Italie des années 50, une Italie post guerre, où les processions de vierge sont répandues, où la place de la femme est exigüe, dédiée à faire l'amour et la cuisine. Fellini dénonce cette image de la femme, lui rendant ses lettres de noblesse, de bonté, de félicité, de douceur, de modernité, d'être humain.

 

3 personnages, 3 êtres lumineux sur leur chemin, le grand chemin. Celui du bouleversement.

Tout au long du film, on attend que Zampano, l'homme rustre, le caractère animal, craque en montrant sa faiblesse, en se montrant sensible, humain et bon. Il est le pilier de l'histoire psychologique, alors qu'il est le plus indélicat. Lentement, par l'intervention de Gelsomina, on le voit qui se fissure, qui craquèle. Mais la carne est tenace et à la moindre trahison de faiblesse, il se reprend, trop orgueilleux et fier pour faillir à la bonté.

 

strada4.jpg

 

Il est sur le chemin de la rédemption, sur La Strada (~la route, en italien, le grand chemin). Titre descriptif certes, puisque Gelsomina et Zampano sont sur la route et proposent leurs numéros de cirque dans les villes qu'ils traversent. Mais le titre est plus évocateur du chemin psychologique des personnages. Zampano sur le chemin de la rédemption. Gelsomina sur celui de la découverte de la vie, avec ses joies et ses douleurs. Chemin de vie qui la mènera à la folie, puis la mort : trop innocente et sans défense face à la découverte des tourments de la vie. Mais au moins, elle vit, elle ressent, elle exprime sa sensibilité avec enthousiasme quand Zampano fuit toute émotion.

 

la-strada.jpg

 

Le personnage du Matto, angélique, innocent, pur comme un enfant, âme soeur de Gelsomina, traverse leur chemin et le détourne. Et s'il représentait la compréhension pour Gelsomina et le révélateur pour Zampano ? Il parle à Gelsomina de caillou:

"si je savais à quoi sert ce caillou, je serais le bon Dieu qui sait tout : quand tu nais ; quand tu meurs aussi. Ce caillou sert sûrement à quelque chose. S'il est inutile tout le reste est inutile, même les étoiles. Et toi aussi, tu sers à quelque chose avec ta tête d'artichaut"

Il nargue Zampano, le fait sortir de ses gonds, lui fait exprimer sa colère, sa jalousie, sa haine, sa puérilité, son innocence d'enfant.

 

red-clown-giulietta-masina-strada-big_2.jpg

 

Zampano est incontrôlable quand Il Matto apparaît. Il se bagarre comme dans une cour d'école, puis comme un animal. Mais ces expressions ne sont-elles pas la preuve de l'hypersensibilité de Zampano, qu'il cache, qu'il se cache ?

 

Alors, oui c'est un film en noir et blanc, oui c'est un film étrange, oui c'est un long film puisqu'il dure presque 2 heures, oui le mouvement est lent. Et pourtant on ne voit pas le temps passer. Une sorte de suspense nous met en tension: Zampano deviendra-t-il sensible ? Que Gelsomina  découvrira-t-elle encore de cette vie nouvelle ? Dans quel cirque, sur quelle place, dans quel mariage, dans quel couvent, dans quel champ, sur quelle plage vont-ils encore débarquer ?

 

Tout y est étrange et pourtant familier, voire même plausible. Des scènes à caractère fantastique nous plongent dans l'effroi. Le regard de Gelsomina dans l'attendrissement. Les personnages dans l'angoisse. La légèreté du Matto dans l'espoir de comprendre.

Mais on n'y comprend rien pourtant. On ne comprend pas pourquoi cela nous touche autant, pourquoi c'est une oeuvre d'art. Et c'est bien un chef d'oeuvre :

"La Strada est une œuvre qui suppose de la part de son auteur, en plus du génie d'expression, une parfaite connaissance de certains problèmes spirituels et une réflexion sur eux. Ce film traite en effet du sacré, je ne dis pas du religieux ni de la religion. Je parle de ce besoin primitif et spécifique à l'homme qui nous pousse au dépassement, à l'activité métaphysique, tant sous la forme religieuse que maintenant sous la forme artistique, besoin aussi fondamental que celui de durer. Il semble que Federico Fellini sache parfaitement que cet instinct est à la source des religions comme de l'art. Il nous le montre à l'état pur dans Gelsomina."

Extrait de http://cine-passion.voila.net/film/lastrada.htm

 

 

Giulietta Masina fut et resta la compagne de Federico Fellini, tout au long de sa carrière. Elle interpréta des rôles principaux dans 7 de ses films. Elle mourut en 1994, survivant à peine 5 mois après la mort de son mari, Federico Fellini. On la voit ici devant lui, le réalisateur, le monstre de génie, fasciné par ce petit être improbable. Mi-femme, mi-enfant. Ils n'eurent jamais d'enfant. Mais ils consacrèrent leur vie à construire des oeuvres d'art cinématographique.

 

red-clown-giulietta-masina-strada-big.jpg

 

 

Ma scène préférée où le personnage de Gelsomina prend toute sa force et sa profondeur, découvrant la compréhension d'un autre et les clés de sa vie :

 


 

 

Le générique de début :

 


 

 
 

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 00:15

Pour la colère de Cyrano (Gérard Depardieu), la fanfaronnerie de Christian (Vincent Perez)...

Pour la joute verbale / Pour la beauté de l'un / Pour la laideur de l'autre

 

cyrano-de-bergerac.jpg

 

 

 

CYRANO, redescendant vers eux
Mon récit ?...
Tous rapprochent leurs escabeaux, se groupent autour de lui,
tendent le col. Christian s'est mis à cheval sur une chaise.
Eh bien ! donc je marchais tout seul, à leur rencontre.
La lune, dans le ciel, luisait comme une montre,
Quand soudain, je ne sais quel soigneux horloger
S'étant mis à passer un coton nuager
Sur le boîtier d'argent de cette montre ronde,
Il se fit une nuit la plus noire du monde,
Et les quais n'étant pas du tout illuminés,
Mordious ! on n'y voyait pas plus loin...

CHRISTIAN
Que son nez.
Silence. Tout le monde se lève lentement. On regarde Cyrano
avec terreur. Celui-ci s'est interrompu, stupéfait. Attente.

CYRANO
Qu'est-ce que c'est que cet homme-là ?

UN CADET, à mi-voix
C'est un homme
Arrivé ce matin.

CYRANO, faisant un pas vers Christian
Ce matin ?

CARBON, à mi-voix
Il se nomme
Le baron de Neuvil...

CYRANO, vivement, s'arrêtant
Ah ! c'est bien...
Il pâlit, rougit, a encore un mouvement pour se jeter sur
Christian.
Je...
Puis, il se domine, et dit d'une voix sourde.
Très bien...
Il reprend.
Je disais donc...
Avec un éclat de rage dans la voix.
Mordious !...
Il continue d'un ton naturel.
que l'on n'y voyait rien.
Stupeur. On se rassied en se regardant.
Et je marchais, songeant que pour un gueux fort mince
J'allais mécontenté quelque grand, quelque prince,
Qui m'aurait sûrement...

CHRISTIAN
Dans le nez...

Tout le monde se lève. Christian se balance sur sa chaise.

CYRANO, d'une voix étranglée
Une dent,-
Qui m'aurait une dent... et qu'en somme, imprudent,
J'allais fourrer...

CHRISTIAN
Le nez...

CYRANO
Le doigt... entre l'écorce
Et l'arbre, car ce grand pouvait être de force
A me faire donner...

CHRISTIAN
Sur le nez...

CYRANO, essuyant la sueur à son front
Sur les doigts.
- Mais j'ajoutai : Marche, Gascon, fais ce que dois !
Va, Cyrano ! Et ce disant, je me hasarde,
Quand, dans l'ombre, quelqu'un me porte...

CHRISTIAN
Une nasarde.

CYRANO
Je la pare et soudain me trouve...

CHRISTIAN
Nez à nez...

CYRANO, bondissant vers lui
Ventre-Saint-Gris !
Tous les Gascons se précipitent pour voir ; arrivé sur
Christian, il se maîtrise et continue.
avec cent braillards avinés
Qui puaient...

CHRISTIAN
A plein nez...

CYRANO, blême et souriant
L'oignon et la litharge !
Je bondis, front baissé...

CHRISTIAN
Nez au vent !

CYRANO
Et je charge !
J'en estomaque deux ! J'en empale un tout vif !
Quelqu'un m'ajuste : Paf ! et je riposte...

CHRISTIAN
Pif !

CYRANO, éclatant
Tonnerre ! Sortez tous !

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 00:10

"Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostang, c'est le théâtre de cape et d'épée / la diction de Daniel Sorano / la fluidité des mots de Rostand / la hâte d'entendre le vers qui suit / la pâtisserie de Raguenaud / les vers qui se croquent avec plaisir et gourganderie / la scène du balcon / le paradoxe d'une précieuse / les lettres, toutes ses lettres / les chuchotements / l'éloquence / les cachotteries / la fierté / un chef d'oeuvre / du génie, que de génie ! / le sens du génie né /génial nez...

 

Comparez les 2 versions filmées de la tirade du nez.

 

m_182076183_0.jpg

 

cyrano_sorano.jpg

 

Daniel Sorano - tirade du nez - 1960 - réalisation de Claude Barma (avec Jean Topart, Henri Tisot, Michel Galabru, Philippe Noiret, )

 

 

 

Gérard Depardieu - tirade du nez -1990 - Jean-Paul Rappeneau, avec Anne Brochet, Jacques Waber, Vincent Perez 

01315992-photo-cyrano-de-bergerac.jpg

Etonnez-vous de la réalisation de cette scène, de son mouvement...

 


 

 


 

 

CYRANO
Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme...
En variant le ton, -par exemple, tenez
Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champs que je me l'amputasse !"
Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !"

Descriptif : "C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule !"
Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
D'écritoire, monsieur, ou de boîtes à ciseaux ?"
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?"
Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?"
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !"
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"
Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"
Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode !"
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"
Dramatique : "C'est la Mer Rouge quand il saigne !"
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne !"
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?"
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ?"
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !"
Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !
C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !"
Militaire : "Pointez contre cavalerie !"
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !"
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"
-Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 15:10

Je découvre et redécouvre les films des années 60’s, mis en scène comme des pièces de théâtre. Ce film engagé sur le racisme et les communautés a été tourné en 1967 ! Les acteurs sont tous divins. Les dialogues sont absolument modernes, drôles et si étonnant en comparaison de notre monde politiquement correct.  J’aime le Hollywood de cette époque, le new look, la lumière, la photo, les couleurs. Les personnages y sont légers comme pour aborder un sujet bien plus grave (à l’époque) que le ton qui lui est donné.

 

devinequivientdiner_3_choc.JPG 


L’histoire :

Joey Drayton, fille d'un couple de bourgeois, décide de présenter son fiancé, un jeune médecin, à ses parents lors d'un dîner. Mais le fameux soir, qu'elle n'est pas leur surprise en constatant que le futur mari de Joey est noir. Ce que la jeune fille avait omis de leur signaler...

 

devinequivientdiner_17_diner.JPG


Anecdotes :

-  Dernière apparition du célèbre couple composé de Katharine Hepburn et de Spencer Tracy. L'acteur devait décédé 17 jours après la fin du tournage.

 

devinequivientdiner_5_draytons.JPG


-  Malgré la mauvaise volonté du studio Columbia face au scénario, le film fut un très gros succès, principalement chez les spectateurs blancs. Car les les partisans du Black Power critiquèrent Sidney Poitier pour son rôle trop "oncle Tom" à leurs yeux.

 

devinequivientdiner 13 prentices


-  Au moment de la sortie du film, des lois qui interdisaient les mariages interraciaux dans certains Etats, furent enfin abolies par la Cour suprême des Etats-Unis.

 

devinequivientdiner_1_amour.JPG

 

 

Guess Who's Coming to Dinner

1967 - Etats-Unis - Comédie dramatique - 1h48

Réalisation : Stanley Kramer

Auteurs & scénaristes : William Rose

avec : Spencer Tracy (Matt Drayton), Sidney Poitier (John Prentice), Katharine Hepburn (Christina Drayton), Katharine Houghton (Joey Drayton), Cecil Kellaway (Monseigneur Ryan), Beah Richards (Mme Prentice), Roy Glenn (M. Prentice)

 

 

Répliques :


John : Je vois que Joanna vous a appris la grande nouvelle.
Mme Drayton : ... Oui, en effet. Et elle-elle m'a tout raconté un peu vite, je dois dire.
John : Oh vous savez, elle euh... elle ne me connait que depuis 10 jours, elle ne sait pas encore comment je rougis.

 

devinequivientdiner_2_rencontre.JPG 


M. Drayton : Il y a un sujet que nous n'avons pas abordé. Avez-vous réfléchi à tous les problèmes qui se poseront à vos enfants à venir ?
John : Oui, ils n'en manqueront pas. Et pourtant, nous aurons des enfants. Autrement, quel nom pourrait-on donner à notre union ? Pas celui de "mariage" en tous cas.
M. Drayton : Est-ce que Joey est de cet avis aussi ?
John : Elle pense que chacun de nos enfants sera au moins Président des Etats-Unis et que son équipe gouvernementale sera très colorée.

 

M. Drayton : Mais vous, que pensez-vous de ce problème ?
John : Eh bien, à vrai dire, je trouve que votre fille est un peu trop optimiste. Moi, je me contenterais d'un Secrétaire d'Etat !

 

 

devinequivientdiner_7_discussion.JPG

 



 Plus de répliques sur :

http://www.replikultes.net/films/fiches/547/devine_qui_vient_diner/repliks/

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 13:30

 

elizabeth-taylor-022110.jpg

 

Elizabeth Taylor sublime dans le film "La Chatte sur un Toit Brûlant" ! Quel film! Une grande pièce de Tennessee Williams que je me suis empressée d'acheter et lire après avoir visionné le film. Des histoires de famille, des règlements de compte, un décès mystérieux, un futur héritage, le couple, l'amour paternel, le désir, les frustrations, les souvenirs du grenier...

 

Si vous aussi, vous aimez la femme sulfureuse, allez faire un tour sur la magnifique retrospective Liz Taylor la sulfureuse de Moïcani.

http://moicani.over-blog.com/article-liz-taylor-la-sulfureuse-70044578.html

 

La Chatte sur un Toit Brûlant
(Cat on a Hot Tin Roof)
Réalisé par Richard Brooks
Avec Paul Newman, Elisabeth Taylor, Burl Ives, Jack Carson
Scénario : Richard Brooks et James Poe d’après la pièce de Tennessee Williams
Musique : André Prévin et Charles Wolcott
Photographie : Williams Daniels
Un film Metro Goldwyn Mayer
Usa – 104 mn – 1958

 

cat2.jpg

cat-roof-1.jpg

 

 

 

 

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article
29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 16:10

Chef d'oeuvre absolu ! Beaucoup de bruit pour rien (Much ado about nothing)...

Le film a été complètement tourné en Toscane, à Breve in Chianti, à Vignamaggio, où j'ai eu le privilège de faire un tour après un détour de plusieurs kilomètres de voiture de location dans les routes sinueuses des vignes italiennes. Il faut vraiment avoir vu ce film pour comprendre qu'on peut perdre une après-midi de vacances juste pour voir un lieu de tournage...

Admirez le Chianti derrière Emma Thompson et Kenneth Branagh.

 

Et je ne résiste pas à exposer cette citation de Shakespeare, extraite de la pièce:

 


Il arrive toujours que nous n'estimons pas un bien à sa juste valeur, tant que nous en jouissons ; mais dès qu'il nous manque, nous lui découvrons le mérite qu'il ne voulait pas nous montrer quand il était à nous.



 

 

3700259815437.jpg

18825885.jpg

 

BEAUCOUP-DE-BRUIT-POUR-RIEN-MUCH-ADO-ABOUT-NOTHING-1993_ref.jpg

 

 

18825882.jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20070907_044228.jpg

Repost 0
Published by 100sens - dans Cinéma
commenter cet article

  • : Le blog de 100sens
  • : mes 100 impressions en tous SENS avec bon sens, au sens propre comme au figuré : sens de l’art, sens de la réplique, sens de l’absurde, sens de l’étonnant, sens de l’humour, sens de l’anecdote.
  • Contact

16175.jpg

compartiment-c-voiture-193-edward-hopper-1938-collection-i-

 

786qk2.jpg

 

Boticelli1.jpg

 

10bacch1.jpg

 

  Gustav Klimt Portrait of Emilie Floge 1902